Maladie coeliaque et allergie au gluten

Voilà un article qu’il me tenait à coeur de rédiger depuis bien longtemps. A force d’entendre un peu partout la confusion entre allergie au gluten (abus de langage car c’est une allergie au blé), les intolérances non coeliaques et la maladie coeliaque, il était grand temps de mettre un peu d’ordre dans tout ça.

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Très souvent dans les revues, le langage courant, les forums, les groupes Facebook et les sites non spécialisés de nombreuses personnes confondent allergies et intolérances. Ce qui peut s’avérer dangereux ou néfaste pour les malades car les conséquences ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Pour y voir plus clair : la maladie cœliaque est une intolérance au gluten auto-immune, la sensibilité au gluten non cœliaque est une intolérance alimentaire non auto-immune et l’allergie au gluten (ou plutôt au blé) est une allergie alimentaire.

Quelles sont donc les différences entre la maladie coeliaque et l’allergie au gluten (en réalité on est allergique au blé et pas au gluten) ?

Les caractéristiques de la maladie cœliaque.

Une inflammation de l’intestin en présence de gluten est à l’origine de la maladie cœliaque. C’est une maladie auto-immune provoquée par l’absorption de gluten. Le système immunitaire attaque la paroi intestinale du malade lorsque celui-ci ingère du gluten.

Selon l’AFDIAG (Association Française des Intolérants au Gluten), la maladie cœliaque pourrait toucher jusqu’à 1 personne sur 100 en Europe mais seules 10 à 20% des malades sont diagnostiqués. En effet, la maladie cœliaque peut être asymptomatique ou symptomatique.

On a souvent l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle maladie à cause de la mode du sans gluten. Qui n’a jamais entendu quelqu’un dire « il y a 10 ans personne n’en parlait et maintenant tout le monde est malade ». Ce n’est pas tout à fait vrai, la maladie coeliaque est décrite depuis l’Antiquité Grecque. La mode du sans gluten a contribué à augmenter les nombres de personne qui se font diagnostiquer.

Willem-Karel Dicke, un médecin néerlandais, a étudié la mortalité infantile aux Pays-Bas au cours de la Seconde Guerre Mondiale. La mortalité infantile a baissé jusqu’à être quasiment nulle pendant une période de pénurie de pain. Lorsque le pain était de nouveau accessible à tous, la mortalité infantile a ré-augmenté. Il a corrélé les taux de mortalité infantile et cette pénurie de pain puis il les a attribués à la maladie cœliaque. L’intolérance au gluten auto-immune est donc une maladie très ancienne.

La maladie cœliaque ne se manifeste pas de la même façon chez tous les patients. Elle peut être symptomatique ou non, de même que les enfants et les adultes ont des réactions différentes. Les symptômes de la maladie cœliaque sont très courants et variables.  Ce n’est pas parce que l’on souffre de l’un d’entre eux que l’on est cœliaque. La liste est non-exhaustive. En cas de doute, il est impératif de consulter un médecin pour qu’il puisse poser un diagnostic avant d’entreprendre un régime sans gluten car cela peut complètement fausser le diagnostic.

Maux de ventre, crampes, ballonnements, nausées. Diarrhées à répétitions qui alternent avec des périodes de constipation. Migraines, fièvres inexpliquées, malaises. Perte ou prise de poids. Dépression, angoisses, fatigue intense. Absence de règles, retards pubertaires, retards de croissance. Douleurs musculaires ou des articulations. Problèmes dermatologiques. Aphtes à répétition, mauvaise haleine. Mauvaise absorption intestinale conduisant à une malnutrition, anémie ou aux carences en fer, folates, calcium, magnésium, vitamine D, vitamine B.

Lorsque le diagnostic de la maladie cœliaque est confirmé par les médecins, un régime sans gluten strict à vie est le seul traitement qu’il existe. S’il est bien suivi, les symptômes s’estompent et le malade retrouve peu à peu la santé sans toutefois guérir. Il faut entre 6 mois et 2 ans sans gluten et sans traces pour que tout se remette en ordre.

En cas de suspicion de maladie cœliaque, la première personne à consulter est son médecin généraliste. Il vous orientera vers un gastro-entérologue qui est, entre-autre, un spécialiste des maladies intestinales. Le diagnostic se fait en deux temps : une prise de sang pour vérifier certains anticorps puis si elle est positive, une gastroendoscopie avec biopsie.

Lorsque la biopsie et les résultats sérologiques sont positifs, le patient est alors diagnostiqué malade cœliaque et doit débuter un régime sans gluten strict (sans traces). Dans les autres cas, il appartient au médecin d’analyser les résultats au cas par cas pour déterminer si vous êtes ou non cœliaque.

Les mécanisme moléculaire de la maladie cœliaque : une maladie auto-immune.

L’intégralité des mécanismes moléculaires qui entrent en jeu dans la maladie coeliaque est développée dans un autre article. Pour faire simple, lorsqu’un coeliaque mange du gluten, des réactions chimiques augmentent la perméabilité de ses intestins. Le gluten peut alors entrer dans la muqueuse intestinale et provoque des réactions du système immunitaire faisant intervenir les lymphocytes T et B aboutissant à :

  • La destruction de la muqueuse intestinale : par réaction directe (via les lymphocytes T cytotoxiques) ou par réaction indirecte (via la production d’anticorps IgA anti-transglutaminase, anti-endomysium et anti-gliadine).

La voie immunitaire qui intervient est celle que l’on appelle du système immunitaire adaptatif et la production d’anticorps de type IgA dirigés contre le soi (ses propres cellules) en fait une maladie auto-immune.

Dans le cas d’une intolérance alimentaire au gluten non coeliaque, il n’y a pas de production d’anticorps, ce n’est donc pas une maladie auto-immune. C’est ce qui différencie la maladie coeliaque de la sensibilité au gluten non coeliaque (intolérance au gluten dont on parle le plus souvent). Des recherches récentes ont permis l’émission d’une hypothèse selon laquelle la sensibilité au gluten non coeliaque ne serait pas provoquée directement par le gluten mais par d’autres molécules présentes dans les céréales qui contiennent le gluten : les FODMAPs.

 

Les caractéristiques de l’allergie au gluten : 

 

L’allergie au gluten n’existe pas c’est un abus de langage pour parler de l’allergie au blé.  C’est une allergie fréquente chez les enfants et qui s’estompe avec l’âge dans la plupart des cas. Elle est à distinguer de la maladie cœliaque et de la sensibilité au gluten non cœliaque par ses mécanismes immunitaires qui sont différents.

Il existe une forme particulière d’allergie au blé que l’on retrouve à l’adolescence : l’allergie au blé induite par l’effort. Lorsque l’adolescent a mangé du blé avant de faire un effort physique cela provoque une réaction allergique.

Le traitement de l’allergie au blé se fait par un régime sans blé mais aussi sans gluten strict à cause des risques importants de contamination et des similitudes protéiques entre la gliadine contenue dans le gluten du blé et celle des autres céréales contenant du gluten. Si l’allergie au blé est induite par l’effort alors il ne faut pas manger de blé dans les cinq heures avant l’effort.

Les symptômes se font souvent ressentir immédiatement après l’ingestion de blé ou de gluten contrairement à la maladie coeliaque. Parmi ces symptômes on retrouve des urticaires, des rhino-conjonctivites, de l’asthme, une toux, des douleurs digestives. L’ingestion de blé peut aussi provoquer un choc anaphylactique de type œdème de Quincke.

Les personnes souffrants d’anaphylaxie au blé induite par l’effort ressentent les symptômes 10 à 15 minutes après le début de l’effort, ces chocs anaphylactiques sont des manifestations graves et doivent être prises au sérieux. Elles doivent toujours porter sur eux un stylo auto-injecteur d’adrénaline en cas d’urgence.

Vous voyez déjà la différence avec les intolérances alimentaires. Pour les allergies, il peut y avoir une urgence vitale à court terme. Pour la maladie cœliaque, le risque vital existe si on ne suit pas le régime correctement, il se manifeste surtout sur le long terme par l’apparition de cancers et autres maladies auto-immunes. Dans le cas de l’intolérance au gluten non coeliaque pour le moment dans la littérature aucun risque vital n’a été mis à jour ni au long, ni au court terme.

Dans un premier temps en cas de suspicion, il faut s’adresser à un généraliste puis un gastro-entérologue (pour vérifier l’absence de maladie cœliaque) et un allergologue-immunologue. Vous pouvez aussi consulter un dermatologue pour l’urticaire, la dermatite atopique ou l’eczéma.

Pour diagnostiquer l’allergie au blé, des Prick-Tests sont effectués. Ce sont des tests dermatologiques qui mesurent le taux d’IgE spécifiques à la farine de blé. Ils sont à faire régulièrement pour déterminer si une possibilité de réintroduction du blé existe. L’anaphylaxie au blé induite par l’effort est souvent caractérisée par des IgE spécifiques à l’ω5-gliadine.

La dermatite atopique liée à une allergie au blé peut être diagnostiquée par un Patch-Test suivi de l’étude de l’efficacité d’un régime d’exclusion du gluten.

 

Les mécanismes moléculaires de l’allergie au blé.

Contrairement à la maladie cœliaque qui fait intervenir les IgA, l’allergie au blé fait intervenir des anticorps IgE. C’est ici que l’on trouve la différence entre intolérance (mécanismes des IgA) et allergies (mécanismes des IgE).

Le blé est un antigène, il est reconnu comme pathogène par le système immunitaire qui induit alors une réponse immunitaire inappropriée. L’allergie au blé est une hypersensibilité immédiate qui s’installe au fur et à mesure du temps chez un individu en passant par plusieurs phases.

  • Une phase de sensibilisation

Les protéines du blé (souvent la gliadine mais pas que) réussissent à passer les barrières immunitaires du corps pour la première fois. Le système immunitaire se retrouve aussi pour la première fois confronté à ces protéines. Les sentinelles espions de l’immunité (les cellules dendritiques) capturent un échantillon de ces protéines et migrent vers les ganglions lymphatiques (la base militaire). Ces cellules interagissent avec des lymphocytes T (les supérieurs hiérarchiques) pour induire une réponse adaptée à la nature de l’ennemi. Cette réponse se fait par l’activation de lymphocytes B qui produisent des IgE spécifiques de la protéine ennemie.

Le système immunitaire est à la fin de cette phase armé pour se défendre spécifiquement contre les protéines de blé grâce à la production d’IgE. On retrouve ces IgE à la surface de plusieurs cellules du système immunitaire : les mastocytes (situés dans les tissus) et les basophiles (situés dans le sang). Cette phase peut durer plusieurs semaines ou plusieurs années.

  • Une phase effectrice

Si le système immunitaire entre en contact une nouvelle fois avec les protéines du blé, la reconnaissance est faite rapidement entre les IgE présents à la surface des mastocytes et des basophiles et l’allergène. Ce signal provoque la dégranulation de nombreuses molécules contenues dans les mastocytes et les basophiles. Ces cellules bombardent l’allergène avec ces molécules pro-inflammatoires (histamine, cytokines, chémokines).

L’histamine diffuse à travers les tissus et sa liaison avec des récepteurs qui lui sont spécifiques provoque une vasodilatation avec une augmentation de la perméabilité des capillaires sanguins. D’où les symptômes de type urticaire, œdème, insuffisance circulatoire ou choc anaphylactique. L’histamine provoque aussi les crises d’asthme.

À chaque ingestion de l’allergène, la réponse se fera par la phase effectrice. Sur le long terme, cela peut déboucher sur une réponse  inflammatoire chronique c’est pourquoi il est important de bien suivre le régime d’éviction tant qu’il est préconisé.

La recherche actuelle se fait au niveau des traitements et aussi d’une possible désensibilisation du système immunitaire. Cela permettrait d’éviter la phase effectrice et de limiter la phase de sensibilisation à l’allergène. Souvent avec l’âge, le système immunitaire se désensibilise par lui-même et contrairement à la maladie cœliaque, les seuils de tolérance sont de plus en plus favorables à une réintroduction progressive et suivie médicalement du blé dans l’alimentation.

Dorénavant vous savez comment orienter vos proches quand ils parlent ou confondent allergie au gluten , allergie au blé ou maladie coeliaque.

Pour en savoir plus sur la maladie coeliaque :

Was last modified 18 octobre 2018 by Mathilde

4 commentaires à propos de “Maladie coeliaque et allergie au gluten”

    • Bonjour Pia 🙂
      C’est moi qui vous dit un ENORME merci pour toutes vos recettes et vos contributions à améliorer le quotidien des allergiques et des coeliaques !
      Merci du fond du coeur pour ce partage, je suis ravie que mon article vous plaise !

      Mathilde

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