La thyroïdite de Hashimoto fait partie des maladies auto-immunes que l’on retrouve plus souvent chez les personnes atteintes de maladie coeliaque que dans la population générale. Cette association, fréquemment évoquée, soulève beaucoup de questions et parfois des inquiétudes : existe-t-il un lien direct entre les deux maladies ? L’une peut-elle déclencher l’autre ? Et comment comprendre cette coexistence sans tomber dans des raccourcis ou des idées reçues ?
Dans cet article consacré à la thyroïdite de Hashimoto et à la maladie coeliaque, mon objectif est de faire le point de manière claire et nuancée. Nous allons distinguer ce que la recherche et l’observation clinique permettent d’affirmer aujourd’hui, ce qui reste à l’étude, et ce qui varie fortement d’une personne à l’autre.
Qu’est-ce que la thyroïdite de Hashimoto ?
La thyroïdite de Hashimoto est une maladie auto-immune chronique qui touche la thyroïde, une glande endocrine située à la base du cou. Cette glande joue un rôle central dans la régulation de nombreux paramètres de l’organisme, notamment à travers la production des hormones thyroïdiennes.
Dans la thyroïdite de Hashimoto, le système immunitaire se dérègle et produit des anticorps dirigés contre des composants de la thyroïde. Cette réaction auto-immune peut, avec le temps, altérer le fonctionnement de la glande et modifier la production des hormones thyroïdiennes.
Il est important de souligner que la maladie n’évolue pas de la même manière chez tout le monde. Certaines personnes présentent des anomalies biologiques avec peu ou pas de symptômes, tandis que d’autres développent des manifestations plus marquées. La variabilité des parcours est une caractéristique essentielle de la thyroïdite de Hashimoto, et elle explique en partie pourquoi son association avec la maladie coeliaque peut être vécue de façon très différente selon les individus.
Thyroïdite de Hashimoto et maladie coeliaque : une association plus fréquente
De nombreuses études montrent que la thyroïdite de Hashimoto est observée plus fréquemment chez les personnes atteintes de maladie coeliaque que dans la population générale. Cette association est bien connue des cliniciens et s’inscrit dans un cadre plus large : celui des maladies auto-immunes associées.
Il est toutefois essentiel de poser une nuance claire dès le départ. Le fait que la thyroïdite de Hashimoto et la maladie coeliaque soient souvent retrouvées chez une même personne ne signifie pas que l’une provoque l’autre. Il s’agit d’une association statistique, et non d’une relation de cause à effet directe.
Dans la pratique, cette association reste loin d’être systématique. Beaucoup de personnes coeliaques ne développeront jamais de thyroïdite de Hashimoto, et inversement, de nombreuses personnes atteintes de Hashimoto ne sont pas coeliaques. À l’échelle individuelle, la présence de l’une de ces maladies ne permet donc pas de prédire l’apparition de l’autre.
Comprendre cette distinction entre association et causalité est fondamental pour éviter les raccourcis, mais aussi pour ne pas interpréter chaque symptôme ou chaque évolution de santé à travers un prisme unique.
Pourquoi ces deux maladies sont-elles souvent associées ?
Si la thyroïdite de Hashimoto et la maladie coeliaque sont plus souvent observées ensemble, cela s’explique avant tout par des mécanismes communs, liés au fonctionnement du système immunitaire, et non par une chaîne causale simple.
Un terrain auto-immun partagé
Le point le mieux établi concerne l’existence d’un terrain génétique et immunitaire commun. Les deux maladies sont associées à certaines variations génétiques impliquées dans la régulation des réponses immunitaires, en particulier au niveau du système HLA. Ce terrain peut favoriser l’émergence de réactions auto-immunes multiples, sans que leur ordre d’apparition ou leur combinaison soit prévisible.
Autrement dit, lorsqu’une maladie auto-immune est présente, la probabilité d’en voir apparaître une autre est globalement plus élevée que dans la population générale. Cela vaut pour la thyroïdite de Hashimoto, la maladie coeliaque, mais aussi pour d’autres maladies auto-immunes.
Ce qui reste à l’étude
D’autres pistes sont explorées par la recherche, notamment autour des interactions entre intestin, inflammation et immunité. Ces travaux cherchent à mieux comprendre pourquoi certaines personnes développent plusieurs maladies auto-immunes, alors que d’autres n’en développent qu’une seule, ou aucune.
À ce jour, ces hypothèses ne permettent pas d’affirmer l’existence d’un mécanisme direct reliant la maladie coeliaque à la thyroïdite de Hashimoto. Elles doivent être comprises comme des axes de recherche, et non comme des explications établies ou universelles. La maladie coeliaque ne provoque pas la thyroïdite de Hashimoto, et la thyroïdite de Hashimoto ne provoque pas la maladie coeliaque. Leur association repose sur un terrain auto-immun commun, et non sur une relation causale directe.
Les symptômes de la thyroïdite de Hashimoto sont parfois difficiles à interpréter
La thyroïdite de Hashimoto peut se manifester par des symptômes très variés, dont beaucoup sont peu spécifiques. C’est l’une des raisons pour lesquelles cette maladie peut être difficile à identifier, en particulier lorsqu’elle coexiste avec une maladie coeliaque, elle-même susceptible d’entraîner des manifestations multiples et parfois discrètes.
Des signes généraux fréquents mais non spécifiques
Parmi les symptômes le plus souvent rapportés, on retrouve une fatigue persistante, parfois décrite comme profonde ou inhabituelle. Cette fatigue peut s’accompagner de difficultés de concentration, de troubles de la mémoire ou d’un sentiment de ralentissement général. Ces signes sont fréquents dans de nombreuses situations médicales et ne sont donc pas propres à la thyroïdite de Hashimoto.
Des variations de poids, une sensibilité accrue au froid, une peau plus sèche, ou encore une chute de cheveux peuvent également être observées. Là encore, ces manifestations reflètent surtout un déséquilibre hormonal, sans permettre à elles seules de poser un diagnostic.
Des symptômes qui peuvent se chevaucher avec ceux de la maladie coeliaque
Chez les personnes atteintes de maladie coeliaque, certains symptômes peuvent se recouper avec ceux de la thyroïdite de Hashimoto. La fatigue, les troubles digestifs, les carences nutritionnelles ou certaines manifestations neuro-cognitives peuvent être liés à l’une, à l’autre, ou aux deux maladies.
Ce chevauchement symptomatique contribue souvent à une confusion clinique. Il peut être difficile, pour la personne concernée comme pour les professionnels de santé, d’attribuer un symptôme donné à une cause unique, surtout lorsque les deux maladies sont présentes ou suspectées.
Une expression très variable d’une personne à l’autre
Un point essentiel à souligner est la grande variabilité individuelle. Certaines personnes présentent des anomalies biologiques évocatrices de la thyroïdite de Hashimoto avec très peu de symptômes, tandis que d’autres décrivent un impact fonctionnel important au quotidien. De plus, les symptômes ne sont pas figés dans le temps. Ils peuvent évoluer, s’intensifier ou s’atténuer, en fonction de nombreux facteurs : évolution de la maladie, équilibre hormonal, contexte médical global, ou coexistence d’autres maladies auto-immunes, comme la maladie coeliaque.
Cette variabilité explique pourquoi il n’existe pas de tableau clinique unique de la thyroïdite de Hashimoto, et pourquoi la prudence est nécessaire avant d’établir des liens directs entre symptômes, maladies et causes supposées.
Comment la thyroïdite de Hashimoto est-elle diagnostiquée ?
Comme pour le protocole diagnostic de la maladie coeliaque, le diagnostic de la thyroïdite de Hashimoto repose sur un ensemble d’éléments, et non sur un seul résultat isolé. Il s’appuie à la fois sur des données biologiques, parfois sur des examens d’imagerie, et toujours sur une mise en contexte clinique.
Les éléments biologiques
Les analyses sanguines permettent d’évaluer le fonctionnement de la thyroïde et d’identifier une éventuelle réaction auto-immune. Elles peuvent notamment mettre en évidence des variations des hormones thyroïdiennes, ainsi que la présence d’anticorps dirigés contre la thyroïde, comme les anticorps anti-thyroperoxydase (anti-TPO) ou anti-thyroglobuline (anti-TG).
La présence de ces anticorps traduit une activité auto-immune, mais elle ne préjuge pas, à elle seule, de l’intensité des symptômes ni de leur retentissement. Certaines personnes présentent des anticorps positifs avec peu de manifestations cliniques, tandis que d’autres décrivent des symptômes plus marqués.
L’apport de l’imagerie
Une échographie de la thyroïde peut parfois compléter le bilan. Elle permet d’observer l’aspect de la glande et d’identifier des modifications compatibles avec une thyroïdite chronique. Cet examen apporte des informations structurelles, mais il ne constitue pas non plus un critère isolé de diagnostic.
Une interprétation globale et individualisée
Dans le contexte de la thyroïdite de Hashimoto et de la maladie coeliaque, l’interprétation des résultats prend toute son importance. La coexistence de plusieurs maladies auto-immunes peut complexifier la lecture des symptômes et des examens. C’est pourquoi le diagnostic repose sur une approche globale, tenant compte de l’histoire médicale, des symptômes décrits et des résultats disponibles.
Il est également important de rappeler que le diagnostic de la thyroïdite de Hashimoto peut être posé à des stades très différents de la maladie, parfois avant l’apparition de symptômes marqués, parfois plus tard, lorsque des déséquilibres hormonaux sont déjà présents. Il en est de même pour la maladie coeliaque.
Vers quels professionnels de santé se tourner en cas de doute ?
Lorsqu’il existe des symptômes persistants ou des interrogations autour de la thyroïdite de Hashimoto, en particulier dans un contexte de maladie coeliaque, le parcours de soins peut impliquer plusieurs professionnels de santé, aux rôles complémentaires.
- Le médecin traitant est souvent le premier interlocuteur. Il a une vision d’ensemble du parcours médical et peut aider à mettre en perspective des symptômes généraux parfois difficiles à interpréter : fatigue prolongée, troubles cognitifs, variations de poids ou inconforts multiples. Son rôle est avant tout d’orienter et de coordonner les étapes suivantes, lorsque cela s’avère pertinent.
- L’endocrinologue est le spécialiste des maladies hormonales, et notamment des pathologies de la thyroïde. Il intervient fréquemment dans l’évaluation et le suivi de la thyroïdite de Hashimoto, en tenant compte des résultats biologiques, de l’imagerie éventuelle et de l’évolution clinique. Dans le cadre de la thyroïdite de Hashimoto et de la maladie coeliaque, son regard permet d’inscrire la maladie thyroïdienne dans un contexte auto-immun plus large, sans pour autant supposer de lien causal direct entre les deux pathologies.
- Le gastro-entérologue assure le suivi de la maladie coeliaque. Lorsqu’une autre maladie auto-immune est associée, comme la thyroïdite de Hashimoto, il peut contribuer à une lecture globale du dossier médical, notamment en ce qui concerne les manifestations extra-digestives et les maladies associées connues.
Il n’existe pas de parcours unique. Selon les situations, les rôles de ces professionnels peuvent s’articuler différemment. L’essentiel reste une prise en charge coordonnée, adaptée à chaque personne, et respectueuse de la variabilité des parcours individuels.
Thyroïdite de Hashimoto et maladie coeliaque : ce que la science permet (et ne permet pas) d’affirmer
Lorsque l’on s’intéresse au lien entre thyroïdite de Hashimoto et maladie coeliaque, il est essentiel de distinguer ce qui est solidement établi de ce qui relève encore de pistes de recherche, et de ce qui, en revanche, n’est pas démontré.
Ce que l’on sait aujourd’hui
Les données scientifiques disponibles convergent vers un point central : la thyroïdite de Hashimoto et la maladie coeliaque partagent un terrain auto-immun commun. Elles sont toutes deux associées à certaines prédispositions génétiques et à des mécanismes de dérégulation du système immunitaire.
Sur le plan clinique, cela se traduit par une association plus fréquente que dans la population générale. Cette observation est robuste, reproductible, et largement décrite dans la littérature médicale. Elle explique pourquoi ces deux maladies peuvent être retrouvées chez une même personne, sans que cela soit exceptionnel.
Ce que la science ne permet pas d’affirmer
En revanche, les données actuelles ne permettent pas d’affirmer que la maladie coeliaque provoque la thyroïdite de Hashimoto, ni que la thyroïdite de Hashimoto serait causée par l’exposition au gluten en dehors du cadre strict de la maladie coeliaque.
Il n’existe pas non plus de preuve solide d’un mécanisme direct et universel par lequel une inflammation intestinale conduirait systématiquement à une atteinte thyroïdienne. Les hypothèses parfois avancées autour de la perméabilité intestinale ou du mimétisme moléculaire font l’objet de travaux exploratoires, mais elles ne constituent pas des certitudes cliniques. Cette distinction est importante, car elle permet d’éviter des conclusions hâtives, parfois culpabilisantes, qui laissent entendre qu’un comportement ou un régime alimentaire serait à l’origine de la maladie.
L’importance de la nuance
La coexistence de la thyroïdite de Hashimoto et de la maladie coeliaque illustre avant tout la complexité des maladies auto-immunes. Elle rappelle que ces pathologies ne suivent pas des schémas simples, linéaires ou universels, et que leur expression dépend d’un ensemble de facteurs encore partiellement compris. Adopter cette lecture nuancée permet de mieux comprendre les données scientifiques actuelles, tout en laissant une place à la diversité des situations individuelles.
Vivre avec une thyroïdite de Hashimoto et une maladie coeliaque
Pour certaines personnes, la coexistence d’une thyroïdite de Hashimoto et d’une maladie coeliaque fait partie d’un parcours médical relativement bien vécu, avec peu d’impact sur le quotidien une fois que les nouvelles routines sont mises en places. Pour d’autres, elle représente une charge supplémentaire, parfois difficile à appréhender, notamment au moment du diagnostic.
Le vécu peut être d’autant plus complexe que les symptômes se recoupent et qu’ils sont souvent peu spécifiques. Fatigue persistante, difficultés de concentration ou inconforts multiples peuvent être difficiles à attribuer clairement à l’une ou l’autre des maladies. Cette incertitude peut générer une forme de charge mentale, en particulier lorsque les réponses tardent à venir.
Il est aussi important de rappeler que ces ressentis ne sont pas figés dans le temps. Beaucoup de personnes décrivent une évolution progressive de leur rapport à la maladie : les premières périodes peuvent être marquées par de nombreuses interrogations, puis laisser place, avec le temps, à une meilleure compréhension de leur fonctionnement, de leurs limites et de leurs besoins. Cette adaptation se fait à des rythmes très différents selon les individus.
Comprendre l’association entre ces deux pathologies permet avant tout d’éviter les raccourcis : ni la maladie coeliaque ni le gluten ne sont des causes directes de la thyroïdite de Hashimoto, pas plus que Hashimoto ne conduit systématiquement à une maladie coeliaque.
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Sources scientifiques et mises à jour +
Date de publication initiale : 11 janvier 2018
Dernière mise à jour : 02 février 2026
Sources scientifiques principales :
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- Vanderpump MPJ ; The epidemiology of thyroid disease, British Medical Bulletin, 2011
- Fasano A, Catassi C ; Celiac disease, New England Journal of Medicine, 2012
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