Le diabète de type 1 et la maladie coeliaque sont deux maladies auto-immunes distinctes, mais qui se rencontrent plus souvent ensemble que dans la population générale.
Cette association entre diabète de type 1 et maladie coeliaque soulève de nombreuses questions : existe-t-il un lien direct entre les deux ? Le gluten joue-t-il un rôle particulier ? Le diagnostic du diabète est-il différent lorsqu’on est déjà coeliaque ? Et qu’est-ce que cette double situation peut impliquer, concrètement, au quotidien ?
Dans cet article, mon objectif est de faire le point de manière claire et nuancée, en m’appuyant sur les données scientifiques actuelles : ce qui est bien établi, ce qui reste à l’étude, et ce qui dépend avant tout des parcours individuels pour que vous puissiez avoir toutes les clés en main pour mieux comprendre l’association entre ces deux pathologies.
Qu’est-ce que le diabète de type 1?
Le diabète de type 1 est une maladie auto-immune. Cela signifie que le système immunitaire se dérègle et s’attaque à des cellules de l’organisme qui ne devraient pas l’être.
Dans le cas du diabète de type 1, cette réaction auto-immune cible les cellules bêta du pancréas, celles qui produisent l’insuline. Au fil du temps, ces cellules sont détruites, ce qui entraîne une diminution puis une absence de production d’insuline.
Or, l’insuline est une hormone indispensable pour permettre au glucose (le sucre présent dans le sang) d’entrer dans les cellules et d’y être utilisé comme source d’énergie. Lorsque l’insuline manque, le glucose reste dans le sang : on parle alors d’hyperglycémie.
Le diabète de type 1 apparaît le plus souvent chez l’enfant, l’adolescent ou le jeune adulte, mais il peut survenir à tout âge. Son apparition n’est pas liée à l’alimentation, au poids ou au mode de vie. Elle résulte d’un processus immunologique complexe, impliquant à la fois une prédisposition génétique et des facteurs environnementaux encore imparfaitement identifiés.
Il est important de distinguer le diabète de type 1 du diabète de type 2. Ces deux maladies partagent un nom et des conséquences communes sur la glycémie, mais leurs mécanismes biologiques, leur évolution et leur prise en charge sont différents. Cette distinction est essentielle lorsqu’on s’interroge sur le lien entre diabète de type 1 et maladie coeliaque, car c’est bien le caractère auto-immun du diabète de type 1 qui explique leur association plus fréquente.
Deux maladies auto-immunes souvent associées
Depuis plusieurs décennies, les études cliniques montrent que le diabète de type 1 et la maladie coeliaque sont plus souvent associés chez une même personne que ce que l’on observerait par hasard dans la population générale.
Autrement dit, lorsqu’une personne est atteinte d’un diabète de type 1, la maladie coeliaque est diagnostiquée plus fréquemment que chez les personnes sans diabète. Cette observation est retrouvée aussi bien chez l’enfant que chez l’adulte, même si les chiffres peuvent varier selon les études, les pays et les stratégies de dépistage utilisées.
Il est toutefois essentiel de poser une nuance importante : le fait que le diabète de type 1 et la maladie coeliaque soient souvent associés ne signifie pas que l’une provoque l’autre. On parle ici d’une association statistique, pas d’une relation de cause à effet directe.
Cette association s’explique avant tout par le fait que ces deux maladies appartiennent à la même famille : celle des maladies auto-immunes. Lorsqu’un terrain auto-immun existe, le risque de voir apparaître une autre maladie de ce type est globalement plus élevé, sans que cela soit systématique ni prévisible à l’échelle individuelle.
Enfin, il est important de rappeler que :
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de nombreuses personnes vivent avec un diabète de type 1 sans jamais développer de maladie coeliaque,
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et inversement, la majorité des personnes atteintes de maladie coeliaque ne développeront jamais de diabète de type 1.
Cette diversité de situations est un point central pour comprendre le lien entre diabète de type 1 et maladie coeliaque, sans tomber dans des raccourcis ou des généralisations.
Pourquoi l’association maladie coeliaque et diabète de type 1 existe-t-elle ?
Si le diabète de type 1 et la maladie coeliaque sont plus souvent associés, ce n’est pas parce que l’un provoquerait directement l’autre, mais parce qu’ils reposent sur des mécanismes immunitaires communs.
Un terrain génétique partagé
Le point le mieux établi concerne le terrain génétique. Les deux maladies sont associées à certains gènes du système HLA, impliqués dans la manière dont le système immunitaire reconnaît ce qui appartient ou non à l’organisme.
Chez certaines personnes, cette configuration génétique favorise une réponse immunitaire inappropriée, augmentant la probabilité de développer une ou plusieurs maladies auto-immunes, comme le diabète de type 1 et la maladie coeliaque. Cela ne signifie pas que ces maladies apparaîtront forcément, mais que le terrain immunologique est plus propice.
Une auto-immunité qui peut s’exprimer de différentes façons
Dans le diabète de type 1, la réaction auto-immune cible les cellules bêta du pancréas. Dans la maladie coeliaque, elle vise la muqueuse de l’intestin grêle, en réaction au gluten chez des personnes génétiquement prédisposées.
Le système immunitaire est donc impliqué dans les deux cas, mais il ne s’attaque ni aux mêmes tissus, ni selon les mêmes mécanismes précis. C’est cette dysrégulation immunitaire globale, plutôt qu’un enchaînement direct de causes, qui permet de comprendre pourquoi le diabète de type 1 et la maladie coeliaque peuvent coexister.
Des pistes encore à l’étude
D’autres hypothèses sont explorées par la recherche, notamment :
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le mimétisme moléculaire, où certaines protéines pourraient partager des ressemblances structurelles,
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le rôle possible du microbiote intestinal dans la modulation des réponses immunitaires.
Ces pistes sont actives dans la recherche actuelle, mais elles ne permettent pas, à ce jour, d’expliquer à elles seules l’apparition conjointe du diabète de type 1 et de la maladie coeliaque. Elles doivent donc être comprises comme des axes d’étude, et non comme des mécanismes démontrés ou universels.
Ce rappel est essentiel pour éviter une idée répandue mais incorrecte : le gluten est le déclencheur connu de la maladie coeliaque, mais il n’est pas considéré comme la cause du diabète de type 1.
Comment le diabète de type 1 est-il diagnostiqué ?
Le diagnostic du diabète de type 1 repose avant tout sur des constats cliniques et biologiques. Il est posé de la même manière chez une personne atteinte de maladie coeliaque ou non : la présence d’une maladie coeliaque ne modifie pas les critères utilisés pour identifier un diabète de type 1.
Dans de nombreux cas, le diabète de type 1 est découvert à l’occasion de symptômes évocateurs, comme une soif intense, des urines fréquentes, une fatigue inhabituelle ou une perte de poids involontaire. Ces signes sont liés à une élévation du glucose dans le sang, que l’on appelle une hyperglycémie.
Sur le plan biologique, le diagnostic repose sur la mise en évidence d’une glycémie anormalement élevée, parfois complétée par la mesure de l’hémoglobine glyquée (HbA1c), qui reflète l’évolution de la glycémie sur plusieurs semaines. Ces éléments permettent de confirmer qu’il existe un trouble durable de la régulation du glucose.
Dans certaines situations, notamment pour préciser le type de diabète, les équipes médicales peuvent rechercher des auto-anticorps spécifiques du diabète de type 1. Ces auto-anticorps ne sont pas responsables à eux seuls des symptômes, mais constituent des marqueurs biologiques d’un processus auto-immun en cours, orientant vers un diabète de type 1 plutôt qu’une autre forme de diabète.
Il est important de souligner que le diagnostic du diabète de type 1 est toujours posé dans un contexte clinique global, en tenant compte de l’âge, des symptômes, des résultats biologiques et de l’évolution. La présence ou l’absence d’une maladie coeliaque peut faire partie de l’histoire médicale de la personne, mais elle n’entre pas dans les critères diagnostiques du diabète lui-même.
Une maladie coeliaque parfois silencieuse
La maladie coeliaque ne se manifeste pas toujours par des symptômes digestifs évidents. Chez certaines personnes, elle peut évoluer de manière peu symptomatique, voire asymptomatique, pendant plusieurs années.
C’est un point particulièrement important dans le contexte du diabète de type 1 et de la maladie coeliaque. Chez les personnes vivant avec un diabète de type 1, la maladie coeliaque peut être découverte :
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sans troubles digestifs marqués,
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ou à l’occasion de signes plus discrets, comme une fatigue persistante, des carences, des troubles de la croissance chez l’enfant, ou des anomalies biologiques mises en évidence lors d’un suivi médical.
Cette diversité de présentations explique pourquoi la maladie coeliaque peut parfois passer inaperçue, même chez des personnes déjà suivies pour une autre maladie auto-immune. Elle rappelle aussi qu’il n’existe pas de tableau unique de la maladie coeliaque, ni de manière universelle de la reconnaître à partir des seuls symptômes.
👉 Le dépistage de la maladie coeliaque chez les personnes à risque, dont celles atteintes d’un diabète de type 1, fait l’objet de recommandations spécifiques et mérite une explication à part entière. Le parcours diagnostique de la maladie coeliaque est présenté dans cet article.
Cette mise au point permet de mieux comprendre pourquoi, dans l’association entre diabète de type 1 et maladie coeliaque, certaines situations sont identifiées rapidement, tandis que d’autres ne le sont que plus tardivement.
Régime sans gluten et diabète de type 1 : des enjeux spécifiques
Le régime sans gluten est le traitement de la maladie coeliaque. Il n’a pas pour objectif de traiter le diabète de type 1, mais lorsqu’une personne est concernée par les deux maladies, leur coexistence peut soulever des enjeux particuliers, notamment sur le plan glycémique.
Sur le plan physiologique, certains produits sans gluten présentent une composition différente de leurs équivalents contenant du gluten. Ils peuvent être élaborés à partir de farines ou d’amidons dont la vitesse de digestion et d’absorption des glucides est parfois plus rapide, ce qui peut se traduire, chez certaines personnes, par des variations glycémiques plus marquées.
Il est important de souligner que l’on parle ici de tendances observées, et non de règles universelles. Toutes les farines sans gluten ne se comportent pas de la même manière, et toutes les personnes vivant avec un diabète de type 1 et une maladie coeliaque ne rencontrent pas les mêmes difficultés. Les réponses glycémiques dépendent de nombreux facteurs :
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composition globale du repas,
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fonctionnement digestif individuel,
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contexte métabolique,
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et modalités de prise en charge du diabète.
Dans la littérature clinique, la coexistence d’un diabète de type 1 et d’une maladie coeliaque est parfois associée à une charge mentale accrue, liée à la nécessité de concilier plusieurs contraintes thérapeutiques. Là encore, cette réalité n’est ni systématique ni uniforme : certaines personnes s’adaptent sans difficulté particulière, tandis que d’autres décrivent un équilibre plus délicat à trouver.
Cette diversité rappelle un point essentiel : il n’existe pas de manière unique de vivre l’association entre diabète de type 1 et maladie coeliaque, ni de modèle alimentaire valable pour tous. Les enjeux liés au sans gluten s’inscrivent toujours dans un parcours individuel, accompagné et ajusté dans un cadre médical spécialisé.
Vivre avec les deux : des parcours très différents
Vivre avec un diabète de type 1 et une maladie coeliaque ne renvoie pas à une expérience unique. Les études comme les observations cliniques montrent au contraire une grande diversité de parcours, tant sur le plan médical que dans le vécu quotidien.
Certaines personnes décrivent une adaptation relativement fluide, une fois les diagnostics posés et les prises en charge stabilisées. Pour d’autres, la coexistence de deux maladies auto-immunes peut représenter une charge supplémentaire, en particulier lorsque les diagnostics sont rapprochés dans le temps ou lorsque les symptômes ont été longtemps difficiles à interpréter.
Cette charge n’est pas seulement biologique. Elle peut être :
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organisationnelle (suivi médical, examens, contraintes alimentaires),
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psychologique (sentiment de vigilance permanente, fatigue décisionnelle),
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ou liée au regard social et aux incompréhensions persistantes autour du diabète de type 1 et de la maladie coeliaque.
Il est important de rappeler que ces difficultés ne sont ni systématiques ni proportionnelles à la gravité des maladies sur le plan médical. Deux personnes ayant les mêmes diagnostics peuvent vivre des réalités très différentes, en fonction de leur âge, de leur histoire médicale, de leur environnement et du soutien dont elles disposent.
Les ressentis, les difficultés et les équilibres trouvés peuvent évoluer dans le temps, parfois de manière marquée.
Certaines personnes décrivent une période initiale particulièrement complexe, notamment lorsqu’il faut combiner plusieurs contraintes thérapeutiques en même temps. Avec le temps, l’expérience, et l’installation de nouvelles habitudes, cette charge mentale peut diminuer, même si elle ne disparaît pas nécessairement complètement.
À titre personnel, j’ai dû, pendant un an, associer un régime sans gluten strict à un régime adapté à un diabète post-traumatique. Les premiers mois ont été très difficiles à vivre : tout semblait demander une attention constante, et la fatigue mentale était importante. Progressivement, en trouvant de nouvelles routines et en apprivoisant ces contraintes, cette charge mentale s’est atténuée. Ce témoignage n’est évidemment qu’un parcours individuel, parmi beaucoup d’autres possibles.
Ce type d’expérience illustre un point essentiel : dans l’association entre diabète de type 1 et maladie coeliaque, les difficultés ressenties ne sont ni permanentes, ni identiques dans le temps. Elles peuvent s’intensifier à certaines périodes, puis s’alléger, en fonction du contexte, de l’accompagnement, et des ressources personnelles.
Reconnaître cette variabilité temporelle permet d’éviter deux écueils fréquents :
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penser que les difficultés rencontrées au début sont immuables,
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ou, à l’inverse, considérer que tout finit nécessairement par devenir simple.
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Sources scientifiques et mises à jour +
Date de publication initiale : 11 janvier 2018
Dernière mise à jour : 31 janvier 2026
Sources scientifiques principales :
- Pham-Short A, Donaghue KC, Ambler G, Craig ME ; Screening for celiac disease in type 1 diabetes: a systematic review, Pediatrics, 2015
- Lundin KEA, Wijmenga C ; Coeliac disease and autoimmune disease: genetic overlap and screening, Nature Reviews Gastroenterology & Hepatology, 2015
- Atkinson MA, Eisenbarth GS, Michels AW ; Type 1 diabetes, The Lancet, 2014
- Rewers M, Ludvigsson J ; Environmental risk factors for type 1 diabetes, The Lancet, 2016
- Knip M, Siljander H ; Autoimmune mechanisms in type 1 diabetes, Autoimmunity Reviews, 2008
Veille scientifique Cet article repose sur l’état actuel des connaissances scientifiques concernant la maladie cœliaque. Les données scientifiques évoluant, son contenu est relu et mis à jour afin de rester conforme aux publications de référence. Je fais une veille tous les mois et modifie les éléments qui ne sont plus à jour systématiquement lorsqu’ils sont détectés.
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