Intolérance au lactose et maladie coeliaque

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L’intolérance au lactose et la maladie coeliaque sont très souvent évoquées ensemble. Beaucoup de personnes coeliaques se posent la question du lactose à un moment ou à un autre de leur parcours, parfois dès le diagnostic, parfois plus tard, lorsque des troubles digestifs persistent ou réapparaissent.

Cette association fréquente alimente aussi de nombreuses confusions. On entend parfois que les personnes coeliaques seraient « forcément » intolérantes au lactose, ou que le lactose serait à éviter durablement dès qu’une maladie coeliaque est diagnostiquée. La réalité est plus nuancée.

L’objectif de cet article est d’expliquer pourquoi l’intolérance au lactose peut être observée dans le contexte de la maladie coeliaque, dans quelles situations cela peut arriver, et pourquoi cette association n’est ni systématique ni définitive. Comme d’habitude, je vais rédiger cet article en restant au plus près de ce que la physiologie et les données médicales permettent de comprendre à l’heure d’aujourd’hui.

  l'intolérance au lactose réversible  

Intolérance au lactose : de quoi parle-t-on exactement ?

Le lactose est un sucre naturellement présent dans le lait et les produits laitiers. Pour être correctement digéré, il doit être décomposé dans l’intestin grêle par une enzyme appelée lactase. Cette enzyme transforme le lactose en sucres plus simples, qui peuvent ensuite être absorbés par l’organisme.

Lorsque l’activité de la lactase est insuffisante, le lactose n’est pas complètement digéré. Il poursuit alors son trajet dans le tube digestif, ce qui peut entraîner des symptômes digestifs comme des ballonnements, des douleurs abdominales, des gaz ou des diarrhées. C’est ce que l’on appelle communément l’intolérance au lactose.

Il est important de distinguer deux notions souvent confondues :

  • la malabsorption du lactose, qui correspond à une digestion incomplète du lactose sur le plan biologique ;

  • et l’intolérance au lactose, qui désigne l’apparition de symptômes digestifs associés.

Ces deux situations ne se superposent pas toujours. Certaines personnes peuvent mal absorber le lactose sans ressentir de symptômes marqués, tandis que d’autres présentent des troubles digestifs plus importants pour des quantités pourtant modestes. Cette variabilité explique pourquoi l’intolérance au lactose ne se résume jamais à une règle unique.

 

L’intolérance au lactose associée à la maladie cœliaque

Dans la maladie coeliaque active, l’inflammation de la muqueuse de l’intestin grêle peut entraîner une diminution de l’activité de certaines enzymes digestives. La lactase, indispensable à la digestion du lactose, fait partie des enzymes concernées.

Lorsque la muqueuse intestinale est altérée, la capacité de l’intestin à produire suffisamment de lactase peut être réduite. Le lactose n’est alors pas totalement digéré et poursuit son trajet dans le tube digestif. Cette situation correspond à une malabsorption du lactose, qui peut s’accompagner, chez certaines personnes, de symptômes digestifs tels que ballonnements, douleurs abdominales ou diarrhées.

On parle dans ce cas d’hypolactasie secondaire, c’est-à-dire d’une diminution de l’activité de la lactase liée à une atteinte intestinale, et non à une prédisposition génétique. Ce mécanisme est bien décrit dans la maladie coeliaque, notamment lorsque celle-ci est diagnostiquée tardivement ou qu’elle évolue depuis un certain temps sans prise en charge.

Il est important d’insister sur un point : cette intolérance au lactose associée à la maladie coeliaque est souvent transitoire. À mesure que la muqueuse intestinale se répare, sous l’effet d’un régime sans gluten strict, l’activité de la lactase peut s’améliorer. Dans de nombreux cas, la digestion du lactose redevient alors possible, au moins partiellement.

Ce lien explique pourquoi l’intolérance au lactose est fréquemment évoquée au moment du diagnostic de la maladie coeliaque, sans pour autant concerner toutes les personnes, ni s’inscrire dans la durée.

 

Intolérance au lactose et maladie coeliaque : une association fréquente, ni systématique, ni définitive

Le fait que l’intolérance au lactose et la maladie coeliaque soient souvent évoquées ensemble ne signifie pas qu’elles soient indissociables. Toutes les personnes atteintes de maladie coeliaque ne présentent pas d’intolérance au lactose, et inversement, la majorité des personnes intolérantes au lactose ne sont pas atteintes de maladie coeliaque.

Cette association fréquente s’explique surtout par le contexte digestif dans lequel la maladie coeliaque évolue, en particulier lorsque la muqueuse intestinale est encore inflammée. Elle ne permet en aucun cas de tirer des conclusions générales ou automatiques.

Chez certaines personnes coeliaques, la digestion du lactose reste parfaitement normale, y compris au moment du diagnostic. Chez d’autres, une intolérance peut apparaître de façon transitoire, puis s’améliorer avec le temps. Enfin, dans certains cas, l’intolérance au lactose observée n’a aucun lien direct avec la maladie coeliaque, mais correspond à une intolérance primaire, liée à une diminution génétique de l’activité lactasique avec l’âge.

Il est donc essentiel d’éviter les raccourcis du type : « maladie coeliaque = intolérance au lactose ». Ce type d’amalgame ne reflète ni la réalité physiologique, ni la diversité des situations observées en pratique.

 

Intolérance au lactose et maladie coeliaque : deux situations distinctes

Lorsque l’on parle d’intolérance au lactose et de maladie coeliaque, il est essentiel de distinguer les mécanismes en jeu, car ils ne sont pas de même nature.

 

L’intolérance primaire au lactose

L’intolérance primaire au lactose correspond à une diminution progressive et physiologique de l’activité de la lactase au cours de la vie. Elle est liée à des facteurs génétiques et concerne une large partie de la population mondiale. Dans ce cas, la muqueuse intestinale est intacte, mais l’enzyme nécessaire à la digestion du lactose est naturellement moins produite.

Cette situation est indépendante de la maladie coeliaque. Elle peut exister chez une personne coeliaque comme chez une personne qui ne l’est pas, sans lien direct avec une atteinte intestinale inflammatoire. Pour en savoir plus vous pouvez consulter la page dédiée sur Ameli. 

 

L’intolérance secondaire au lactose

À l’inverse, l’intolérance secondaire au lactose est liée à une atteinte de la muqueuse intestinale. Dans la maladie coeliaque active, l’inflammation peut réduire temporairement la capacité de l’intestin grêle à produire suffisamment de lactase. Le lactose est alors moins bien digéré, ce qui peut entraîner des symptômes digestifs.

Dans ce cas, l’intolérance au lactose est une conséquence de la maladie coeliaque, et non une condition distincte. Elle est le plus souvent réversible, à mesure que la muqueuse intestinale se répare.

 

Pourquoi cette distinction est essentielle ?

Confondre ces deux situations peut conduire à des interprétations erronées, comme penser que l’intolérance au lactose serait forcément durable chez les personnes coeliaques, ou qu’elle serait toujours liée à la maladie. En réalité, seule une analyse du contexte clinique global permet de comprendre de quelle situation il s’agit.

Cette distinction est fondamentale pour éviter les exclusions alimentaires inutiles et pour replacer l’intolérance au lactose et la maladie coeliaque dans une lecture physiologique cohérente.

 

Comment cette intolérance au lactose est mise en évidence ?

Dans le contexte de la maladie coeliaque, l’intolérance au lactose est le plus souvent évoquée à partir de symptômes digestifs : ballonnements, douleurs abdominales, diarrhées, parfois associés à la consommation de produits laitiers. Ces signes peuvent constituer un point d’alerte, mais ils ne suffisent jamais, à eux seuls, à poser une conclusion.

Les symptômes digestifs sont en effet peu spécifiques. Ils peuvent avoir de nombreuses causes et varier fortement d’une personne à l’autre. Leur présence ne permet ni de confirmer une intolérance au lactose, ni d’en préciser le mécanisme, encore moins d’établir un lien direct avec la maladie coeliaque.

Lorsque cela est nécessaire, des examens complémentaires peuvent être proposés pour objectiver une malabsorption du lactose. Ces examens permettent d’apporter des éléments supplémentaires au raisonnement médical, mais ils doivent toujours être interprétés avec prudence, en tenant compte du contexte digestif global et de l’état de la muqueuse intestinale.

Il est important de souligner que l’auto-diagnostic à partir des symptômes, ou l’exclusion spontanée du lactose, peut brouiller la compréhension de la situation. Dans le cadre de l’intolérance au lactose et de la maladie coeliaque, c’est l’analyse croisée des symptômes, de l’évolution clinique et des examens qui permet de comprendre ce qui se joue réellement.

 

Ce que cela implique (ou non) pour les personnes coeliaques

L’association entre intolérance au lactose et maladie coeliaque peut soulever beaucoup de questions, mais elle n’implique pas de règle générale applicable à toutes les personnes concernées. Chaque situation est singulière et doit être comprise dans son contexte individuel.

Chez certaines personnes, une intolérance au lactose peut être présente au moment du diagnostic de la maladie coeliaque, puis s’atténuer avec le temps, à mesure que la muqueuse intestinale se répare. Chez d’autres, aucune difficulté particulière avec le lactose n’est observée, y compris à long terme. Enfin, dans certains cas, l’intolérance au lactose identifiée est indépendante de la maladie coeliaque et relève d’un mécanisme différent.

Il est donc important de ne pas interpréter la présence de symptômes digestifs comme une indication systématique d’exclusion durable du lactose. Dans le cadre de la maladie coeliaque, ces symptômes doivent avant tout être replacés dans l’évolution globale de la maladie avec son médecin.

Comprendre les liens entre intolérance au lactose et maladie coeliaque permet surtout d’éviter les raccourcis et les décisions hâtives. Cela aide à mieux distinguer ce qui relève d’une conséquence transitoire de l’atteinte intestinale, de ce qui correspond à une autre situation physiologique, sans projeter une expérience individuelle sur l’ensemble des personnes concernées.

 

Intolérance a lactose, carences et ostéoporose : remettre les liens à leur juste place

Dans le contexte de la maladie coeliaque, les questions autour du lactose croisent parfois celles des carences nutritionnelles et de la santé osseuse. Ce rapprochement est compréhensible, mais il mérite là aussi d’être nuancé.

Les carences observées dans la maladie coeliaque sont avant tout liées à une malabsorption intestinale, en particulier lorsque la maladie a évolué pendant un certain temps avant le diagnostic. Elles peuvent concerner différents nutriments impliqués dans le métabolisme osseux, indépendamment de la tolérance au lactose.

L’ostéoporose associée à la maladie coeliaque, lorsqu’elle existe, s’explique principalement par ces mécanismes de malabsorption et par l’inflammation chronique, et non par l’intolérance au lactose en elle-même. Le fait de digérer ou non le lactose ne permet donc pas d’expliquer, à lui seul, l’apparition de troubles osseux.

Comme pour les autres manifestations associées à la maladie coeliaque, il est important d’éviter les raccourcis : ni l’intolérance au lactose, ni les carences, ni l’ostéoporose ne constituent des situations systématiques. Elles relèvent de contextes cliniques particuliers, qui doivent toujours être interprétés dans leur globalité par un professionnel de santé.

 

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Sources scientifiques et mises à jour +

Date de publication initiale : 11 janvier 2018

Dernière mise à jour : 29 janvier 2026

Sources scientifiques principales :

  • Misselwitz B., Butter M., Verbeke K., Fox M.R., Update on lactose malabsorption and intolerance: pathogenesis, diagnosis and clinical management, Gut, 2019
  • Lomer M.C.E., Parkes G.C., Sanderson J.D., Review article: lactose intolerance in clinical practice – myths and realities, Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2008
  • Heyman M.B., Lactose intolerance in infants, children, and adolescents, Pediatrics, 2006
  • Suchy F.J., Brannon P.M., Carpenter T.O. et al., National Institutes of Health Consensus Development Conference: lactose intolerance and health, Annals of Internal Medicine, 2010
  • Fasano A., Catassi C., Celiac disease, Gastroenterology, 2012
  • Lebwohl B., Sanders D.S., Green P.H.R., Coeliac disease, The Lancet, 2018
  • Malamut G., Cellier C., Clinical manifestations of adult celiac disease, Pathologie Biologie, 2013

Veille scientifique Cet article repose sur l’état actuel des connaissances scientifiques concernant la maladie cœliaque. Les données scientifiques évoluant, son contenu est relu et mis à jour afin de rester conforme aux publications de référence. Je fais une veille tous les mois et modifie les éléments qui ne sont plus à jour systématiquement lorsqu’ils sont détectés.

A propos de l’autrice : Professeure de sciences de la vie et de la Terre et malade coeliaque, je suis formée à la biologie et à l’analyse critique des données scientifiques. Je propose sur ce site un travail de vulgarisation scientifique autour de la maladie cœliaque et du régime sans gluten, fondé sur des sources scientifiques et institutionnelles. Les contenus ont une visée informative et pédagogique car je suis convaincue que l’on vit mieux sa maladie lorsqu’on la comprend. Aucun conseil médical ne sera délivré sur ce site ou en commentaire. Une prise en charge par un(e) médecin est essentielle si vous avez des doutes.

 

 

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Was last modified 29 janvier 2026 by Mathilde