Soigner la maladie coeliaque c’est possible ?
Soigner, traiter, guérir : de quoi on parle ici ?
Comment soigner la maladie coeliaque ? Avant de répondre à cette question, il est important de clarifier ce que recouvrent les termes soigner, traiter et guérir, qui sont souvent utilisés comme des synonymes, alors qu’ils ne désignent pas la même réalité en médecine.
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Guérir signifie que la maladie disparaît définitivement et que l’organisme revient à un état comparable à celui d’une personne non malade.
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Soigner renvoie à l’ensemble des actions mises en place pour prendre en charge une maladie et en limiter les conséquences.
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Traiter correspond à l’application d’un ou plusieurs moyens reconnus pour contrôler l’activité d’une maladie.
Dans le cas de la maladie cœliaque, ces distinctions sont essentielles. La maladie cœliaque est une maladie auto-immune chronique. À l’heure actuelle, il n’existe pas de traitement permettant d’en obtenir la guérison au sens médical du terme. Lorsqu’une personne est atteinte de maladie cœliaque, elle le reste toute sa vie.
Mais la maladie peut être traitée et stabilisée. Cette stabilisation repose sur un traitement unique, dont l’efficacité est largement démontrée dans la littérature scientifique : le régime sans gluten strict, suivi sur le long terme.
C’est à la fois une bonne et une moins bonne nouvelle. La bonne : on peut faire quelque chose pour soulager nos symptômes et nous éviter les complications de la maladie. La moins bonne est que le suivi d’un régime sans gluten strict n’est pas forcément ce qui enchante le plus les patients juste après avoir obtenu leur diagnostic. Pour m’être retrouvée dans cette situation, je comprends cette réaction à 100%. Cependant, je tiens d’avance à vous rassurer, avec le temps, on s’y habitue très bien et on peut vivre très heureux avec un régime strict sans gluten.
Le régime strict sans gluten est nécessaire pour soigner la maladie coeliaque !
À ce jour, aucun traitement médicamenteux n’a montré une efficacité suffisante pour remplacer le régime sans gluten dans la prise en charge de la maladie cœliaque. Les recommandations internationales convergent toutes vers le même point : le régime sans gluten strict constitue le traitement de référence.
Lorsqu’il est correctement suivi, ce traitement permet, chez la majorité des patients :
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une diminution, voire une disparition des symptômes,
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une cicatrisation progressive de la muqueuse intestinale,
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une réduction du risque de complications liées à une maladie cœliaque active.
Nous avions déjà abordé les grandes lignes de la physiopathologie de la maladie coeliaque dans l’article général descriptif de la maladie mais je vous propose aujourd’hui d’aller un peu plus loin pour comprendre comment le gluten interagit avec l’intestin et le système immunitaire chez une personne coeliaque.
La maladie cœliaque est une pathologie dans laquelle l’ingestion de gluten déclenche une réponse immunitaire inappropriée, dirigée notamment contre la muqueuse de l’intestin grêle. Comprendre ces mécanismes permet de mieux saisir pourquoi le traitement repose, à l’heure actuelle, sur l’éviction stricte du gluten.
Dans cet objectif, j’ai écrit deux articles distincts afin de détailler, étape par étape, les mécanismes biologiques et immunologiques impliqués dans la maladie cœliaque.
- Si vous avez très peu ou aucune connaissance sur le système immunitaire de l’Homme, je vous propose de commencer par ce premier article introductif qui vous explique le fonctionnement du système immunitaire humain dans des conditions normales. Ce sont les bases qui vous permettront de comprendre la suite dans le cadre de la maladie coeliaque :
🌱 Zoom sur le système immunitaire de l’Homme
- Lorsque vous aurez terminé avec l’article ci-dessus ou si vous avez déjà des connaissances sur le système immunitaire humain, vous pouvez consulter l’article ci-dessous qui vous explique en détail l’impact du gluten sur un patient coeliaque et les mécanismes immunitaires impliqués dans le cadre de la maladie coeliaque. Ainsi vous comprendrez pourquoi le régime strict sans gluten est indispensable pour soigner la maladie coeliaque.
🌱 Zoom sur les mécanismes immunitaires de la maladie coeliaque
La lecture de ces deux articles permet de comprendre un point central : chez une personne cœliaque, l’ingestion de gluten au-delà du seuil défini comme “sans gluten” (20 ppm) est susceptible de réactiver la réponse immunitaire. Cette activation peut entraîner la reprise des mécanismes inflammatoires et la dégradation progressive de la muqueuse intestinale.
C’est sur la base de ces mécanismes biologiques que repose le traitement actuel de la maladie cœliaque, à savoir un régime sans gluten strict, suivi sur le long terme, en l’absence à ce jour de traitement médicamenteux permettant de contrôler durablement la maladie. Suivre un régime sans gluten strict est donc le moyen recommandé pour soigner la maladie coeliaque.
Les écarts empêchent la stabilisation de la maladie coeliaque.
Chez une personne atteinte de maladie cœliaque, l’impact de l’ingestion de gluten peut être très différent selon la présence ou non de symptômes.
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Chez les patients symptomatiques, l’exposition au gluten s’accompagne souvent de manifestations cliniques marquées, parfois rapidement après l’ingestion. Ces symptômes rendent plus visibles les conséquences d’une exposition au gluten et peuvent retarder la stabilisation de la maladie. Entre malades, on appelle souvent ces ingestions de gluten accidentelles et les symptômes qui vont avec des « intoxications au gluten ». En réalité ce terme n’a aucune signification médicale ou scientifique, il ne correspond ni à une intoxication au sens toxicologique du terme, ni à une entité médicale définie. Si cette expression est fréquemment utilisée, c’est parce que les manifestations cliniques associées à une exposition au gluten peuvent être particulièrement intenses et désagréables, parfois comparables, dans leur vécu, à celles observées lors de certaines intoxications alimentaires. Cette analogie relève toutefois du ressenti des patients et non d’un mécanisme toxique du gluten lui-même.
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Chez les patients asymptomatiques ou peu symptomatiques, la situation est plus complexe. L’absence de symptômes immédiats peut donner l’impression que l’exposition au gluten est sans conséquence, alors que les mécanismes immunitaires et inflammatoires peuvent néanmoins être réactivés.
Dans les deux cas, l’ingestion de gluten chez un patient cœliaque a des effets biologiques mesurables, indépendamment de la perception des symptômes, et peut compromettre le contrôle de la maladie.
Pourquoi les expositions répétées au gluten posent problème en cas de maladie cœliaque ?
Les risques liés aux carences alimentaires.
Vous avez désormais compris ce qu’il se passe lorsqu’un coeliaque mange du gluten. Lorsqu’un patient cœliaque consomme du gluten, la réaction immunitaire induite entraîne une altération de la muqueuse de l’intestin grêle, caractérisée notamment par une atrophie des villosités intestinales. Cette altération réduit la surface d’échange disponible pour l’absorption des nutriments.
Chez un patient dont la maladie n’est pas stabilisée, cette malabsorption peut conduire à des carences nutritionnelles (fer, vitamines, oligo-éléments), susceptibles d’entraîner des manifestations cliniques variées.
À l’inverse, lorsque le régime sans gluten est suivi sur le long terme, sans expositions répétées :
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l’inflammation intestinale régresse,
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la muqueuse intestinale peut progressivement se réparer,
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les capacités d’absorption des nutriments s’améliorent.
Des expositions répétées au gluten peuvent donc maintenir ou réactiver les lésions intestinales et favoriser la persistance des carences.
🌱 Zoom sur les carences du coeliaque
Les risques liés à la prolifération des cellules immunitaires : les complications cancéreuses.
En présence de gluten, la maladie cœliaque se caractérise par une activation anormale du système immunitaire, accompagnée d’une prolifération de certaines populations cellulaires impliquées dans la réponse inflammatoire.
Dans de rares cas, cette stimulation immunitaire prolongée est associée au développement de cancers, principalement des lymphomes, en particulier un type spécifique appelé lymphome T associé à l’entéropathie (EATL).
Les études montrent que :
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le risque de lymphome est plus élevé chez les patients cœliaques que dans la population générale,
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selon les cohortes, ce risque est estimé comme étant environ 2 à 6 fois supérieur à celui de la population générale,
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en valeur absolue, ce risque reste faible : la très grande majorité des patients cœliaques ne développera jamais ce type de cancer.
Il est important de comprendre que ce sur-risque est lié à une maladie cœliaque active, c’est-à-dire à une inflammation intestinale persistante, souvent en lien avec une exposition répétée au gluten (soit à cause d’écarts volontaires ou involontaires dans le suivi du régime ou alors d’un diagnostic posé tardivement dans le développement de la maladie).
Les données scientifiques montrent également que le suivi strict et prolongé du régime sans gluten permet :
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de réduire l’inflammation chronique,
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de diminuer l’activation immunitaire persistante,
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et d’abaisser le risque de développer ces complications cancéreuses au fil du temps, jusqu’à se rapprocher de celui de la population générale.
Si je prends le temps de parler de ces complications, ce n’est pas par goût du sensationnel, ni pour inquiéter inutilement. On m’a souvent reproché d’en parler mais c’est important car ce n’est pas parce que c’est rare que cela n’existe pas, que cela doit être un tabou.
Si j’en parle c’est aussi parce que j’ai été directement confrontée à cette réalité. Ma meilleure amie (rencontrée grâce au blog à ses débuts) est malheureusement décédée de complications cancéreuses liées à une maladie cœliaque. Je le précise ici avec beaucoup de retenue, parce que c’est une histoire personnelle, mais aussi parce qu’elle explique mon exigence quand je parle de maladie cœliaque.
Pas pour faire peur. Pas pour culpabiliser. Mais pour rappeler que la maladie cœliaque est une vraie maladie, avec des mécanismes biologiques réels et des conséquences possibles lorsqu’elle reste active sur le long terme. Elle m’avait demandé de continuer de le faire et de sensibiliser de façon juste et raisonnée.
Ces situations restent rares, et heureusement. Mais elles existent. Et c’est précisément pour cela que le diagnostic, la compréhension de la maladie et sa prise en charge ne doivent pas être banalisés.
Les risques liés à l’inflammation chronique : les complications auto-immunes.
Lorsque la réponse immunitaire liée à la maladie cœliaque reste activée sur le long terme, notamment en cas d’expositions répétées au gluten, un contexte inflammatoire chronique peut s’installer.
La maladie cœliaque partage certaines prédispositions génétiques avec d’autres pathologies auto-immunes, telles que :
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le diabète de type 1,
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certaines maladies thyroïdiennes auto-immunes,
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la dermatite herpétiforme,
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l’ataxie liée au gluten,
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et d’autres affections associées.
Si les mécanismes précis reliant ces pathologies ne sont pas encore totalement élucidés, les données scientifiques soulignent l’importance du contrôle de l’activité de la maladie cœliaque pour limiter l’inflammation chronique et ses conséquences potentielles sur d’autres pathologies. Ces associations ne signifient pas que la maladie cœliaque entraîne systématiquement ces pathologies, mais qu’elles partagent certains facteurs de risque.
🌱 Zoom sur les pathologies liées à la maladie coeliaque
L’objectif de cet article n’est pas d’effrayer, mais d’expliquer. Mieux comprendre les mécanismes de la maladie cœliaque permet de comprendre pourquoi le régime sans gluten strict constitue aujourd’hui le traitement de référence pour stabiliser la maladie sur le long terme et réduire le risque de complications. Mieux comprendre c’est avoir les clés pour soigner la maladie coeliaque de la meilleure des façons.
Sources scientifiques et mises à jour +
Date de publication initiale : 14 juin 2021
Dernière mise à jour : 20 janvier 2026
Sources scientifiques principales :
- Malamut. G, Cellier. C ; Clinical manifestations of adult celiac disease, Pathologie Biologie 2013
- Haute Autorité de Santé, Maladie cœliaque : diagnostic et prise en charge, 2024
- American College of Gastroenterology, ACG Clinical Guidelines: Diagnosis and Management of Celiac Disease, 2023
- Abadie V., Jabri B., Immunopathogenesis of celiac disease, Nature Reviews Immunology, 2014
- Dotsenko V. et al., Transcriptomic and immune activation signatures after gluten exposure in celiac disease, Nature Immunology, 2024
- Akobeng A.K., Thomas A.G., Systematic review: tolerable amount of gluten for people with coeliac disease, Alimentary Pharmacology & Therapeutics, 2008
- Lebwohl B. et al., Mucosal healing and risk of lymphoproliferative malignancy in celiac disease, Annals of Internal Medicine, 2013
- Lebwohl B. et al., Risk of cancer in patients with celiac disease, Clinical Gastroenterology and Hepatology, 2022
- Ludvigsson J.F. et al., Celiac disease and risk of autoimmune disorders, Journal of Internal Medicine, 2015
Veille scientifique Cet article repose sur l’état actuel des connaissances scientifiques concernant la maladie cœliaque. Les données scientifiques évoluant, son contenu est relu et mis à jour afin de rester conforme aux publications de référence. Je fais une veille tous les mois et modifie les éléments qui ne sont plus à jour systématiquement lorsqu’ils sont détectés.
A propos de l’autrice : Professeure de sciences de la vie et de la Terre et malade coeliaque, je suis formée à la biologie et à l’analyse critique des données scientifiques. Je propose sur ce site un travail de vulgarisation scientifique autour de la maladie cœliaque et du régime sans gluten, fondé sur des sources scientifiques et institutionnelles. Les contenus ont une visée informative et pédagogique car je suis convaincue que l’on vit mieux sa maladie lorsqu’on la comprend. Aucun conseil médical ne sera délivré sur ce site ou en commentaire. Une prise en charge par un(e) médecin est essentielle si vous avez des doutes.
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Ils ont été conçus pour répondre aux questions que l’on se pose lorsque l’on est concerné(e) par la maladie ou engagé(e) dans un parcours de diagnostic. Leur objectif n’est pas d’encourager un changement alimentaire en dehors d’un cadre médical, mais au contraire d’aider à y voir plus clair et à s’orienter vers les professionnels de santé à même de vous accompagner et de soigner la maladie coeliaque.
Vous pouvez me poser vos questions à tout moment.
Ces mini-cours sont entièrement gratuits, car je mesure l’importance de pouvoir être guidé(e) et accompagné(e) dans cette période souvent déstabilisante. Je l’ai moi-même vécue, et j’aurais aimé pouvoir bénéficier de ce type de repères.
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