L’ataxie liée au gluten : un sujet complexe, souvent mal compris
L’ataxie liée au gluten est un sujet encore mal compris, souvent présenté de manière trop simplifiée. On la décrit parfois comme une complication directe de la maladie cœliaque, ou comme l’équivalent neurologique de la dermatite herpétiforme. Il s’agit des informations qui étaient à notre disposition en 2020. En réalité, les données scientifiques actuelles invitent à plus de nuance.
Dans la littérature médicale, l’ataxie liée au gluten correspond à une entité neurologique rare, décrite dans certains contextes précis, et dont les mécanismes restent discutés. Elle n’a pas le même statut que la dermatite herpétiforme, qui est une forme cutanée bien reconnue de la maladie cœliaque. Cette distinction est importante pour comprendre ce que recouvre réellement ce terme.
L’objectif de cet article est donc d’expliquer ce que l’on sait aujourd’hui de l’ataxie liée au gluten en évitant les raccourcis et de replacer cette situation dans son cadre scientifique réel.
Qu’est-ce qu’une ataxie ?
Avant de parler d’ataxie liée au gluten, il est important de comprendre ce que recouvre le terme ataxie de manière générale. Une ataxie correspond à un trouble de la coordination des mouvements.
Elle peut se manifester par :
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des difficultés à marcher,
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des troubles de l’équilibre,
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une maladresse inhabituelle,
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parfois des troubles de la parole ou des gestes fins.
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Ces symptômes traduisent le plus souvent une atteinte du cervelet, une région du cerveau impliquée dans la coordination motrice. Un point essentiel à rappeler est qu’une ataxie n’est pas une maladie en soi, mais un symptôme neurologique. Elle peut avoir de nombreuses causes, très différentes les unes des autres : génétiques, métaboliques, inflammatoires, auto-immunes, toxiques ou encore dégénératives.
C’est pour cette raison qu’une ataxie nécessite toujours une exploration médicale approfondie. Le terme décrit ce que l’on observe cliniquement, mais ne permet pas de donner l’origine du trouble. C’est seulement après ce travail de clarification que l’hypothèse d’un lien avec le gluten peut, dans certains cas particuliers, être discutée.
Pour mieux comprendre ce qu’est une ataxie au sens large, vous pouvez aussi lire cet article de l’APF France handicap.
L’ataxie liée au gluten : ce décrit la littérature scientifique
Dans la littérature médicale actuelle, l’ataxie liée au gluten est décrite comme une entité neurologique rare, observée dans certains contextes bien particuliers. Elle correspond à des troubles de la coordination associés à une réponse immunitaire dirigée contre des composants liés au gluten, sans que le mécanisme soit encore complètement élucidé.
Il est important de souligner que cette notion ne repose pas sur un consensus aussi solide que celui de la maladie cœliaque ou de la dermatite herpétiforme. Les publications de référence parlent plutôt d’une association décrite entre gluten et atteinte cérébelleuse chez un nombre limité de patients, et non d’un lien systématique ou universel. C’est pour cela qu’on nuance un peu plus aujourd’hui l’idée qu’on se faisait de l’ataxie liée au gluten il y a une dizaine d’années.
L’ataxie liée au gluten n’est pas nécessairement associée à des symptômes digestifs. Certaines personnes concernées ne présentent pas de troubles intestinaux évocateurs, et la maladie cœliaque n’est pas toujours diagnostiquée. Cela participe à la difficulté de compréhension du sujet et explique pourquoi cette entité reste discutée.
Enfin, la littérature insiste sur la rareté de cette situation. L’ataxie liée au gluten ne représente qu’une part très minoritaire des causes d’ataxie, et elle ne doit pas être évoquée sans un raisonnement médical rigoureux et l’exclusion des causes plus fréquentes.
Les symptômes neurologiques observés dans l’ataxie liée au gluten :
Les symptômes décrits dans l’ataxie liée au gluten correspondent à ceux d’une atteinte cérébelleuse, et restent globalement non spécifiques. Autrement dit, ils peuvent être observés dans de nombreuses autres situations neurologiques, ce qui explique la prudence nécessaire dans l’interprétation.
Ils peuvent inclure :
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des troubles de l’équilibre, avec une marche instable ;
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une perte de coordination des mouvements volontaires ;
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une maladresse inhabituelle dans les gestes du quotidien ;
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parfois des troubles de la parole, liés à une mauvaise coordination des muscles impliqués.
L’évolution peut être progressive, parfois lente, et l’intensité des symptômes est très variable d’une personne à l’autre. Il n’existe pas de tableau clinique unique ni de signe neurologique spécifique permettant, à lui seul, d’affirmer un lien avec le gluten.
C’est un point super important : la présence de troubles ataxiques n’indique pas automatiquement une ataxie liée au gluten. Ces manifestations doivent toujours être replacées dans un contexte clinique global, et comparées aux nombreuses autres causes possibles d’ataxie.
Quel lien entre l’ataxie liée au gluten et la maladie coeliaque ?
Le lien entre l’ataxie liée au gluten et la maladie cœliaque est l’un des points les plus délicats à comprendre, et aussi l’un des plus souvent simplifiés à tort.
Dans certaines situations, une ataxie liée au gluten a été décrite chez des personnes atteintes de maladie cœliaque. Cela a conduit, pendant un temps, à rapprocher ces manifestations neurologiques d’autres expressions extra-digestives mieux connues de la maladie, comme la dermatite herpétiforme. Mais ce parallèle a aujourd’hui ses limites.
Contrairement à la dermatite herpétiforme, l’ataxie liée au gluten n’est plus considérée comme une forme de la maladie cœliaque. Elle peut être observée chez des personnes cœliaques, mais aussi chez des personnes chez qui aucun diagnostic de maladie cœliaque n’a été posé. La présence ou l’absence de symptômes digestifs n’est donc pas un critère discriminant.
La littérature scientifique décrit aujourd’hui plutôt une association possible, dans des contextes précis, entre une réponse immunitaire liée au gluten et une atteinte neurologique de type cérébelleuse. Cette association reste rare, et elle ne permet pas d’établir une relation automatique ou systématique entre maladie cœliaque et ataxie.
Autrement dit, toutes les personnes cœliaques ne sont évidemment pas concernées par ce type de manifestation, et la grande majorité ne développera jamais de troubles neurologiques de ce type. Inversement, la présence d’une ataxie ne suffit pas à conclure à une maladie cœliaque sous-jacente.
Le diagnostic de l’ataxie liée au gluten est complexe :
Le diagnostic d’une ataxie liée au gluten est particulièrement délicat, et c’est un point qui mérite d’être clairement expliqué. Une ataxie est un symptôme neurologique, pas un diagnostic en soi, et ses causes possibles sont nombreuses.
Avant d’évoquer un lien avec le gluten, il est indispensable d’explorer et d’exclure d’autres causes d’ataxie, qu’elles soient génétiques, métaboliques, inflammatoires, auto-immunes ou dégénératives. Certaines carences nutritionnelles, certaines maladies neurologiques ou encore des atteintes toxiques peuvent provoquer des tableaux cliniques très proches.
Les marqueurs biologiques associés au gluten peuvent parfois orienter la réflexion, mais ils ne suffisent pas à eux seuls à poser un diagnostic. Leur présence ne permet pas d’affirmer que le gluten est responsable des symptômes observés, et leur absence n’exclut pas non plus toutes les hypothèses. C’est l’ensemble du raisonnement médical qui compte.
Cette complexité explique pourquoi l’ataxie liée au gluten reste une entité discutée, et pourquoi la prudence est de mise face aux interprétations rapides. Le diagnostic repose sur un bilan neurologique approfondi, une analyse du contexte clinique global, et une hiérarchisation des hypothèses, plutôt que sur un test isolé.
A qui s’adresser en cas de suspicion d’ataxie liée au gluten ?
Face à des troubles de l’équilibre ou de la coordination, il est important de rappeler que l’ataxie liée au gluten ne peut pas être évaluée isolément. La démarche repose sur un parcours médical coordonné, avec plusieurs professionnels de santé, chacun ayant un rôle spécifique.
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Le médecin généraliste Il est souvent le premier interlocuteur. Il permet d’évaluer la situation globale, d’orienter vers les spécialistes adaptés et de coordonner les examens nécessaires.
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Le neurologue Son rôle est central. Il réalise l’examen neurologique, identifie le type d’ataxie, et explore les causes possibles. C’est lui qui peut juger de la pertinence d’examens complémentaires et d’un éventuel lien avec le gluten.
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Le gastro-entérologue Il intervient lorsque la question d’une maladie cœliaque ou d’une sensibilité au gluten se pose. Il permet de replacer les symptômes neurologiques dans un contexte digestif ou immunologique plus large, lorsque cela est pertinent.
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Le biologiste médical et l’anatomo-pathologiste Ils interviennent en arrière-plan, à travers l’analyse des examens biologiques et, si nécessaire, des biopsies. Leurs résultats doivent toujours être interprétés dans un cadre clinique global.
Cette approche pluridisciplinaire est essentielle. Elle permet d’éviter les raccourcis, de ne pas passer à côté d’autres causes d’ataxie, et de replacer l’hypothèse d’un lien avec le gluten à sa juste place.
Que sait-on des mécanismes biologiques de l’ataxie liée au gluten ?
Dans les publications scientifiques, l’ataxie liée au gluten est rattachée à l’hypothèse d’une réponse immunitaire inappropriée déclenchée par le gluten, pouvant, dans certains cas, cibler le système nerveux central, et en particulier le cervelet.
Ces mécanismes ne sont pas encore complètement élucidés. Les données actuelles suggèrent des phénomènes de réactivité immunitaire croisée, mais sans qu’un mécanisme unique, spécifique et systématique ait pu être clairement établi. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’ataxie liée au gluten reste une entité rare et discutée, et ne peut être abordée de la même manière que d’autres manifestations mieux caractérisées de la maladie cœliaque.
Quelle place pour le régime sans gluten ?
La question du régime sans gluten revient naturellement lorsqu’on parle d’ataxie liée au gluten. C’est aussi l’un des points les plus sensibles, car il peut facilement donner lieu à des interprétations excessives.
Dans certains contextes bien précis, un régime strict sans gluten peut être envisagé lorsque l’hypothèse d’un lien avec le gluten est retenue au terme d’un bilan médical complet. Cette approche repose sur l’idée qu’une réponse immunitaire anormale pourrait être impliquée, et que la suppression du déclencheur pourrait limiter l’évolution des symptômes.
Cependant, il est essentiel de rappeler que le régime sans gluten n’est pas une solution universelle aux troubles neurologiques. Son efficacité dans l’ataxie liée au gluten est variable, et dépend notamment du stade d’évolution des symptômes et du contexte clinique global. Chez certaines personnes, une stabilisation ou une amélioration partielle a été décrite ; chez d’autres, l’impact est limité.
C’est pour cette raison que le régime sans gluten ne doit pas être envisagé de manière isolée ou empirique. Il s’inscrit, lorsqu’il est proposé, dans une démarche médicale structurée, et ne remplace ni le diagnostic, ni le suivi neurologique. Retirer le gluten sans cadre clair peut compliquer l’interprétation des examens et retarder la prise en charge adaptée.
Replacer l’ataxie liée au gluten à sa juste place est important
L’ataxie liée au gluten est une entité neurologique rare, décrite dans la littérature scientifique, mais qui reste complexe et discutée. Elle ne correspond ni à une manifestation fréquente du gluten, ni à une forme reconnue de la maladie cœliaque comme cela a pu être proposé il y a quelques années ou comme peut l’être la dermatite herpétiforme.
Cette évolution du discours scientifique n’est pas une remise en cause des travaux antérieurs, mais le reflet d’un processus normal en médecine : les hypothèses sont explorées, confrontées aux données, puis précisées. Mettre à jour ces nuances permet d’éviter les raccourcis, de limiter les confusions.
Les données actuelles invitent à la prudence : le lien avec le gluten n’est ni automatique, ni universel, et l’ataxie reste avant tout un symptôme neurologique pouvant avoir de nombreuses causes. C’est pourquoi un raisonnement médical rigoureux, une exploration complète et une hiérarchisation des hypothèses sont indispensables avant d’évoquer cette piste.
Parler de l’ataxie liée au gluten n’a pas pour objectif d’inquiéter, ni d’encourager des démarches isolées. L’enjeu est plutôt de mieux comprendre, de remettre de la nuance dans un sujet souvent simplifié à l’excès, et d’éviter que des situations rares soient projetées sur l’ensemble des personnes concernées par le gluten ou la maladie cœliaque.
A mes yeux, informer avec justesse, sans dramatiser ni banaliser, reste la meilleure façon de lutter contre la désinformation et de respecter la diversité des parcours individuels et c’est donc pour cette raison que j’ai choisi d’écrire cet article.
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Sources scientifiques et mises à jour +
Date de publication initiale : 11 janvier 2018
Dernière mise à jour : 27 janvier 2026
Sources scientifiques principales :
- Hadjivassiliou M. et al., Neurological manifestations of gluten sensitivity, Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, 2002
- Hadjivassiliou M., Grünewald R.A., Sharrack B. et al., Gluten ataxia in perspective: epidemiology, genetic susceptibility and clinical characteristics, Brain, 2003
- Hadjivassiliou M. et al., Gluten sensitivity: from gut to brain, The Lancet Neurology, 2010
- Hadjivassiliou M., Sanders D.S., Grünewald R.A. et al., Gluten-related disorders: gluten ataxia, Digestive Diseases, 2015
- Lebwohl B., Sanders D.S., Green P.H.R., Coeliac disease, The Lancet, 2018
- Ludvigsson J.F. et al., The Oslo definitions for coeliac disease and related terms, Gut, 2013
- Haute Autorité de Santé, Maladie cœliaque : diagnostic et prise en charge, 2024
Veille scientifique Cet article repose sur l’état actuel des connaissances scientifiques concernant la maladie cœliaque. Les données scientifiques évoluant, son contenu est relu et mis à jour afin de rester conforme aux publications de référence. Je fais une veille tous les mois et modifie les éléments qui ne sont plus à jour systématiquement lorsqu’ils sont détectés.
A propos de l’autrice : Professeure de sciences de la vie et de la Terre et malade coeliaque, je suis formée à la biologie et à l’analyse critique des données scientifiques. Je propose sur ce site un travail de vulgarisation scientifique autour de la maladie cœliaque et du régime sans gluten, fondé sur des sources scientifiques et institutionnelles. Les contenus ont une visée informative et pédagogique car je suis convaincue que l’on vit mieux sa maladie lorsqu’on la comprend. Aucun conseil médical ne sera délivré sur ce site ou en commentaire. Une prise en charge par un(e) médecin est essentielle si vous avez des doutes.
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